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L'AFFAIRE ARNOLFINI
Les secrets du tableau de Van Eyck

de Jean-Philippe Postel

(Actes Sud, 2016)


Jean-Philippe Postel se livre dans cet ouvrage à une analyse détaillée du tableau du peintre Van Eyck. Très détaillée même puisque tous les éléments y passent, y compris bien sûr ceux situés dans le miroir à l'arrière du couple.
Ce tableau a suscité antérieurement nombre de commentaires et d'interprétations, d'autant que l'on ne connaît rien sur les circonstances de son exécution et sur l'identité exacte des personnages.



L'auteur indique que ce sont deux historiens d'art qui, en 1857, ont attribué à l'homme du tableau le nom de Arnolfini, les Arnolfini étant au 15ème siècle une riche famille de négociants italiens, et que depuis les années 1990 un consensus se dégagerait pour Giovanni di Nicolao Arnolfini. Mais, en fait, le tableau avait pour titre, dans les inventaires de 1516 et 1524, Hernoul-le-fin, Arnoult-le-fin, Arnoult étant alors un surnom qui était donné aux maris trompés. Ce qui autorise dès lors une perception particulière de ce couple qui ne se regarde pas et dont l’épouse paraît enceinte. Mais l’est-elle vraiment ou est-ce la façon dont elle relève le devant de sa robe qui donne cette impression?

Jean-Philippe Postel se dirige par étapes vers une autre interprétation que je ne révélerai pas ici pour respecter le suspens de ce “roman d’investigation”, comme il l’appelle. Je ne donnerai que quelques indices qu’il révèle. D’abord le chien, au premier plan, un griffon bruxellois qui, dit-il, est à l’époque un symbole de la fidélité. Mais il n’est pas reflété dans le miroir ! Si le miroir est considéré comme disant toujours la vérité (à demi, en tout cas), l’absence de ce reflet renvoie-t-il à l’hypothèse précédente de l’infidélité ?... Ou bien à celle d’une illusion de la scène présentée? Surtout si l’on sait que l’épouse Arnolfini était décédée à la date où le tableau aurait été peint!

Au dessus du miroir figure une inscription: “Johannes de Eyck fuit hic, 1434”, que l’on peut traduire par “Johannes de Eyck fut ici” ou par “Johannes de Eyck fut celui-ci”. On peut le dire, c’est là le “hic”. Car ou bien le peintre dit avoir été présent, ou bien être l’homme représenté sur le tableau.

Double sens de la phrase, remarque J.P. Postel, et double sens pour les autres éléments, ou, pour le moins, interrogations. Quel serment prête le personnage, qui lève sa main droite? Qui est-il? Qui est la femme, dont le miroir ne renvoie que les vêtements? Et ces chandelles, dont une seule est allumée, au dessus de l’homme, et une autre consumée, du côté de la femme? Et tous ces autres symboles (les médaillons de la passion du Christ et de sa résurrection; le lion; le diable; le cerisier; l'orange; la patenôtre; les patins; les mules; Marguerite d'Antioche, patronne des femmes enceintes...) qui font dire à Postel que le tableau est divisé en une partie droite et une partie gauche, de significations opposées.

Aucune certitude, bien sûr, au terme de cette recherche minutieuse. Elucubrations, pourront dire certains, comme le reconnaît l’auteur. Mais, à mon sens, une analyse que l’on pourrait rapprocher du travail clinique, dans la mesure où cette démarche nous incite à ne pas s’arrêter aux apparences, où elle nous invite à situer l’oeuvre dans son contexte historique, à envisager sa possible symbolique, à s’interroger sur ce que l’on voit et sur ce que l’on devrait voir mais qui n’est pas visible… Il ne nous manque que le Maître et ce qu’il pourrait associer.
Mais il est peut-être plus intéressant qu’il ait pu produire tant de questions et de réflexions.
Au fond du miroir, deux personnages, l'un vêtu de bleu, l'autre de rouge, à la place même où nous sommes en regardant le tableau... A la place où devait se tenir Van Eyck en train de peindre ce couple étrange dont les regards ne se croisent pas et dont la main de la femme est simplement posée sur celle de l'homme... Ils forment ainsi un "M". Faut-il l'associer au "O" du miroir et au "r" formé par les patins?
Comme le souligne l'auteur, on peut tout voir ici, comme dans un nuage, et vie et mort assemblées y apparaître.

Jean-Philippe Postel le dit fort bien: "C'est comme un rêve que ce tableau".

Note de Maurice Villard
Mars 2017


Quatrième de couverture

Peint aux alentours de 1434, Les Epoux Arnolfini de Jan Van Eyck aura été l'un des tableaux les plus commentés de l'histoire de la peinture. Pourtant, Jean-Philippe Postel nous fait découvrir ici ce que personne avant lui n'y a vu. C'est d'abord la stupeur qui guide notre lecture : stupeur de trouver révélées et élucidées, les unes après les autres, toutes les énigmes distillées par Van Eyck dans une oeuvre infiniment mystérieuse. Du début à la fin, une curiosité folle nous fait tourner ces pages aussi avidement que celles d'un roman policier. Telle est la prouesse de Postel : nous donner à comprendre ce que nous voyons dans la ferveur de lire ce que nous lisons.

Jean-Philippe Postel, né à Paris en 1951, a exercé la médecine générale de 1979 à 2014. Il définit L'Affaire Arnolfini comme «l'application à une oeuvre picturale des méthodes de l'observation clinique attentive».